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C'est au management de promouvoir l'éthique

L'Echo, 12/05/2009

La fraude est un sujet qui revient régulièrement dans toutes les discussions. Dans le cadre général des fraudes pratiquées par les entreprises, l'on retrouve sans peine les formes traditionnelles de fraude, qui sont de type fiscal et social. Toutefois les fraudes commises par les entreprises doivent aussi être vues sous une optique plus vaste : en font ainsi partie les abus de pouvoir économique, les confusions d'intérêts, les délits d'initié et la manipulation, au sens le plus large. La mise en œuvre d'une lutte efficace contre la fraude des entreprises est dès lors une nécessité absolue.

Luc Keuleneer, professeur à la Vrije Universiteit Amsterdam, secrétaire général de l'ABAF (Association belge des analystes financiers)

Notons tout d'abord l'énormité des montants en jeu. Des études comparant 25 entreprises fraudeuses avec 25 concurrentes irréprochables ont permis d'estimer que, sur une période moyenne de 3 ans, les premières ont fait état de bénéfices supérieurs de plus de 25 milliards de dollars par rapport aux secondes. Cette fraude est considérable d'un point de vue relatif : dans la période durant laquelle la fraude a été commise, il est apparu qu'un montant égal à presque une fois et demie le bénéfice net publié s'est révélé par la suite comme étant frauduleux.

Fléau généralisé

Depuis les entreprises actives dans l'économie traditionnelle jusqu'aux start-up de l'internet, presque tous les types d'entreprises, dans tous les secteurs, sont concernés et comprennent des entreprises dont les données chiffrées sont trafiquées sur une grande échelle. Mais l'argument principal en faveur de la mise en œuvre d'une lutte efficace contre la fraude est que celle-ci entraîne une baisse importante de la confiance que s'accordent les entreprises entre elles. La crise du secteur financier, secteur dont le bon fonctionnement repose plus qu'aucun autre sur la confiance, n'en est donc que plus périlleuse.

L'exigence d'une transparence accrue du management est née à la suite notamment de fraudes telles que celles commises par Enron, Ahold, etc. La presque totalité des pays possèdent désormais leur code de bonne gouvernance. Néanmoins, de nouveaux scandales sont mis à jour continuellement.

L'on peut donc en déduire que davantage de législation et de contrôle ne suffisent pas.

Difficile éthique

Il faut donner au concept de bonne gouvernance de nouvelles dimensions. Un cadre proactif s'impose pour mettre bon ordre dans tout cela. Par ailleurs, il faut absolument adjoindre au concept de gouvernance d'entreprise un élément d'éthique. Il n'y a que peu de gens capables d'agir, continuellement et sans effort, en accord avec les exigences de la plus haute moralité. Ceci en raison de la complexité souvent très grande des aspects moraux qui entrent en jeu, et du fait que les tentations sont parfois très fortes. C'est donc en premier lieu au management de promouvoir, par un mix adéquat, la coordination morale au sein de l'entreprise, ainsi qu'entre l'entreprise et toutes ses parties prenantes. Ce qui exige également que le management supérieur de l'entreprise respecte les principes moraux les plus exigeants, et que le « Managing for value » la quête de la valeur s'inscrive dans le « Managing with integrity » dans une gestion intègre. Il est évident que dans ce contexte, les rémunérations à allouer aux dirigeants supérieurs constituent un sujet plutôt délicat. Ces rémunérations favorisent-elles la « fraude dans le chef des dirigeants », pour utiliser les termes de la norme internationale d'audit ISA240 ? Intégrer le « Managing for value » dans le « Managing with integrity » est donc le grand défi posé au management supérieur de l'entreprise.

Une des préoccupations primordiales de tous les observateurs actifs dans l'univers des entreprises (réviseurs, experts- comptables, fiscalistes, analystes financiers…) doit être de veiller à ce que le management prenne cette question à cœur. À eux aussi d'intervenir de façon proactive au niveau de la lutte contre la fraude.

C'est bon signe qu'un secrétaire d'État, Carl Devlies, ait été spécialement chargé au sein du gouvernement de la coordination de la lutte contre la fraude. Car toutes les initiatives susceptibles de restaurer la confiance doivent obtenir la plus grande des priorités.

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